Le ministre et lieutenant conservateur au Québec, M. Christian Paradis, vient de nous en sortir une belle!
S'exprimant sur le choix du président de la Chambre des communes, M. Paradis a estimé
«qu'il n'est pas nécessaire que le président de la Chambre des communes soit bilingue, établissant un parallèle avec les ministres québécois qui ne maîtrisent pas tous l'anglais à la perfection». (Le Devoir, 3 juin 2011)
Woaw!! Mais quelle grandeur votre Seigneurie!
Depuis quand peut-on établir une comparaison entre le poste de président de l'Assemblée du Québec et celui de président de la Chambre des communes?
Les langues officielles -
Que je sache, la langue officielle au Québec est unique, c'est le français. Donc, si le Québec venait à être un Etat souverain, la langue officielle serait le français. Le français serait bel et bien protégé par la constitution du Québec.
Qu'en est-il au Canada? La Constitution nous élève deux langues au rang de langues officielles: le français ET l'anglais.
La Canada est bilingue, il est pluriel et multi-culturel. Il a deux langues officielles. Il a plusieurs peuples, plusieurs cultures, plusieurs origines, bref il n'est pas «un» et il n'a pas qu'«une» langue (au hasard l'anglais!).
La protection du français -
Le «fait français», comme le disent certains, est un fait qui revêt à la fois le caractère de la minorité et à la fois celui de la majorité.
Il est mineur lorsqu'on parle de la langue. Il est mineur lorsqu'on parle de la population francophone. Bref, il est mineur lorsqu'on s'intéresse aux données du recensement.
MAIS, il se retrouve majeur lorsqu'on parle de ressources naturelles. Il est encore majeur lorsqu'on parle d'élections. Bref, le «fait français» est une réalité majeure quand on s'intéresse au Canada dans son entier.
En l'espèce et dans le cas qui nous intéresse, il faut donc se situer dans le caractère minoritaire du «fait français», la langue.
La Loi constitutionnelle de 1982 nous offre justement une belle protection dans ce cas. Elle nomme le français comme langue officielle. Ne serait-ce pas alors qu'on cherche ici à parler du français comme langue à valeur égale avec l'anglais? N'est-il pas important que l'arbitre des débats de la Chambre des commune comprenne dans son essence la langue de Molière, lorsque la plupart des représentants de l'opposition officielle sont des francophones issus d'une province qui est majeure au regard de la représentativité électorale et politique du Canada?
Le parallèle avec le Québec -
M. Paradis vient finalement montrer son ignorance de la particularité et de l'essence du Canada. Il semble vouloir comparer la situation de la province de Québec avec celle de la fédération canadienne. Le Québec n'exige pas que le président de l'assemblée soit bilingue puisqu'il n'y a qu'une langue officielle au Québec, et c'est le français.
Le Canada, en revanche, exige que le président de la Chambre des communes soit bilingue, puisque la Constitution et la fonction le demandent. C'est le cas aussi des juges de la Cour suprême, comme celui de l'ensemble des représentants du Canada.
C'est le principe de représentation.
Les deux situations ne peuvent donc se comparer et M. Paradis, se faisant, démontre qu'il n'est pas un bon canadien, qu'il n'est pas un bon citoyen.
Imaginez-donc, un représentant du Canada......?
